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LA PROTHESE TOTALE DE HANCHE DANS LA POLYARTHRITE RHUMATOIDE
Par rapport aux patients affectés d’une arthrose de hanche primitive, qui constituent l’indication la plus courante de mise en place d’une PTH, les patients porteurs de polyarthrite rhumatoïde soulèvent quelques particularités.
Les corticoïdes au long cours :
Ce traitement, dont les bénéfices sont indéniables, comporte cependant quelques inconvénients. Il entraîne tout d’abord une moindre résistance à l’infection. En matière de prothèse totale de hanche, cette infection peut, schématiquement, survenir dans deux circonstances différentes : tout d’abord précocement, c’est à dire dans les premières semaines, les premiers mois ou même la première année postopératoire. Il semble que ce risque, qui est de façon générale voisin de 1%, n’est pas différent chez les patients présentant une polyarthrite rhumatoïde. L’infection peut également survenir de façon tardive, après la première année. Elle se traduit alors à l’occasion d’une bactériémie, c’est à dire qu’à l’occasion d’une petite infection, un bouton sur la peau, un panaris ou une dent en mauvais état, quelques microbes circulent dans le sang, sans conséquences générales mais susceptibles de se fixer sur les prothèses qui sont des corps étrangers mal défendus dans l’organisme. Bien que l’on manque de preuves scientifiques à ce sujet, il est vraisemblable que les traitements corticoïdes au long cours facilitent cette possibilité de greffe septique secondaire. Il est donc essentiel d’informer le médecin traitant ou le dentiste de l’existence d’une prothèse de hanche (ou de toute autre articulation) afin que ces petits incidents cutanés ou dentaires soient entourés par une antibiothérapie courte afin d’éviter que les microbes en circulation ne puissent se fixer sur la prothèse.
Les corticoïdes fragilisent également la peau. En matière de prothèse de hanche, cette fragilité pose peu de problèmes , il faut simplement apporter une attention particulière aux pansements en post opératoire.
Enfin, les corticoïdes fragilisent également l’os. Cette déminéralisation osseuse, qui a d’autres inconvénients par ailleurs, ne semble pas constituer un caractère péjoratif en matière de prothèse de hanche. En effet, la comparaison des résultats chez des patients affectés de polyarthrite rhumatoïde sous corticoïdes et des patients opérés pour une arthrose banale ne montre pas de différences franchement péjoratives, du moins en ce qui concerne les prothèses de hanche scellées type Charnley.
La maladie synoviale :
La polyarthrite rhumatoïde est au départ une maladie de la synoviale, c’est à dire du tissu qui tapisse l’intérieur de l’articulation. C’est l’inflammation de cette synoviale qui est responsable des poussées aiguës, des gonflements puis de la destruction des articulations. A priori, la réalisation d’une prothèse de hanche éteint localement ce processus inflammatoire puisque la synoviale est enlevée au moment de l’intervention. Il existe cependant des exceptions et, bien que cela soit rare en matière de hanche, il existe parfois des épisodes de poussées inflammatoires autour des prothèses.
Les atteintes diffuses :
La polyarthrite rhumatoïde est une maladie diffuse, il est ainsi fréquent que les patients opérés de la hanche soient également affectés des pieds, du genou, des mains ou des épaules. Ces atteintes diffuses doivent être prises en compte lors de la décision de réalisation de prothèse totale de hanche. Elles peuvent tout d’abord compliquer la période de rééducation, par exemple lorsque l’atteinte des mains et des poignets empêche d’utiliser des cannes et il faut alors prévoir des artifices, comme par exemple l’utilisation de cannes à appui axillaire. Ces atteintes diffuses sont susceptibles ensuite d’occulter le bénéfice attendu d’une prothèse de hanche. Par exemple des atteintes sévères au niveau des pieds empêcheront un patient de retrouver une marche satisfaisante, même si la hanche est opérée avec succès. La décision doit donc être prise et intégrée dans une véritable stratégie d’ensemble.
Les patients sont plus jeunes :
Enfin, et c’est sans doute le point le plus important, les patients opérés d’une prothèse totale de hanche pour une polyarthrite rhumatoïde sont globalement dix à quinze ans plus jeunes que ceux opérés pour une arthrose banale. Cette différence sous-entend que la prothèse va devoir faire preuve elle-même d’une longévité plus grande et est ainsi exposée à une probabilité plus grande de détérioration et donc de nécessiter un jour son changement. Afin d’éviter que ce changement se fasse dans des conditions techniques difficiles, c’est à dire lorsque ce sont installées de grandes lésions osseuses, il est, encore une fois, essentiel de surveiller attentivement ces prothèses : une radiographie tous les deux ou trois ans au début, puis un peu plus fréquemment surtout après 10 à 15 ans.
CONCLUSION
La prothèse totale de hanche est susceptible d’apporter un énorme bénéfice dans la qualité de vie des patients. Ce bénéfice a pourtant des contreparties et deux sont essentielles à considérer. Il existe un risque de complication septique, même tardivement, plusieurs années après l’intervention et il faut informer le médecin traitant et le dentiste de l’existence de cette prothèse, qui a parfois été oubliée par tous, pour éviter qu’à l’occasion d’une infection banale, ne surgisse une greffe septique. La deuxième est que cette prothèse totale de hanche ne sera pas éternelle. Si on peut légitimement espérer une longévité satisfaisante, de 10 à 15 ans, et parfois même supérieure, la prothèse va se détériorer et initialement de façon insidieuse. Son changement peut être relativement simple lorsque les lésions osseuses sont encore mineures mais, si on a laissé ces lésions s’étendre, le changement de prothèse peut devenir difficile et c’est pourquoi il importe de surveiller régulièrement (une radiographie tous les deux ou trois ans) les prothèses pour ne pas laisser s’installer une situation pouvant devenir péjorative.
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